"Si vous cherchez l'origine du mot gynécologie, vous trouverez qu'il vient du grec gynaikos, qui signifie femme, et logia, étude. La gynécologie est l'étude des femmes, et une gynécologue, une étudiante des femmes. Je suis une étudiante des femmes et chaque jour j'apprends quelque chose de nouveau" (extrait du livre "journal d'une accoucheuse" de Priyamvada N.Purushotham).
Je sors de ma première garde en salle d'accouchement depuis la naissance de mon fils.
Il y a quelques mois je ne savais pas si j'allais en être capable. Certaines personnes m'avaient même suggéré de penser à une réorientation professionnelle pour ne pas raviver de souvenirs douloureux.
Depuis que j'ai repris mon travail de gynécologue obstétricien, ce sont presque les patientes qui m'aident à avancer dans mon deuil. Je rencontre (parce qu'une consultation est avant tout une rencontre) toutes sortes de femmes avec des histoires de vie différentes. De jeunes patientes qui commencent leur vie sexuelle et ne veulent pas tomber enceinte, d'autres qui désirent fonder une famille dont certaines ont du mal à avoir un enfant (infertilité, fausses couches, grossesses extra utérines, IMG, morts foetales...), d'autres plus mûres dont le passé obstétrical est derrière elles mais qui me racontent leurs accouchements, leur parentalité et leurs soucis actuels, des patientes jeunes ou moins jeunes pour lesquelles on fait de la prévention, d'autres chez qui on soigne des maladies plus ou moins graves. Toutes ces femmes me racontent comment elles vivent tout ça et comment elles avancent sur leur bout de chemin avec leur bagage de vie. Et je suis là pour les accompagner.
Pour rien au monde je ne changerais de métier. J'ai l'impression d'être au cœur de la vie et au "choeur des femmes" (un autre livre passionnant de Martin Winckler)